Tabletterie antique et médiévale

Tabletterie antique et médiévale

Connaissez-vous l’artisanat de la tabletterie ?
Il s’agit plus précisément du travail des matières dures animales comme l’os et les bois de cervidés, très employés depuis la préhistoire mais également la corne, la nacre et l’ivoire.
La tabletterie est l’art de façonner des objets en os, destinés à la vie quotidienne : aiguilles, épingles, peignes, dés, jetons de jeux, etc.
C’est à l’époque romaine et gallo-romaine que la tabletterie connaît un développement particulier favorisé par l’expansion des villes.
L’artisanat de l’os existe depuis la préhistoire et se poursuit jusqu’au XIXe siècle.
Depuis plus de dix ans je travaille à redonner vie à cet artisanat oublié. J’ai d’abord commencé par le façonnage des peignes de la période médiévale. Puis je me suis intéressé à l’antiquité car c’est l’âge d’or de cet artisanat, et bien sûr la préhistoire pour retrouver les racines des cet art, où l’on ne compte plus les merveilles du paléolithique, « vénus » en ivoire et autres objets gravés est sculptés sur bois de renne.
Les démonstrations d’artisanat de tabletterie vous feront découvrir tous les accessoires en matière osseuse de la vie quotidienne.
Animation en continu durant la journée, je fais des démonstrations de tournage d’objets en os fabriqués selon les modèles archéologiques. Pendant ces démonstrations, je retrace les grandes lignes de l’histoire de cet artisanat depuis le paléolithique à aujourd’hui.
Je peux aussi, à la demande, reproduire des pièces archéologiques ou des objets d’inspiration historique pour les musées ou les particuliers.
Industrie osseuse : reproduction d’un jeu d’échecs du 11ème siècle

Industrie osseuse : reproduction d’un jeu d’échecs du 11ème siècle

Récemment, j’ai terminé cette commande pour le  château a motte de Verrière en Anjou.
Il s’agit du jeu d’échecs de Noyon. Entièrement réalisé à la main et en bois de cerf.
Le jeu d’échecs de Noyon est l’un des plus anciens jeux d’échec retrouvé en France.
Ces dix pièces en bois de cervidés, deux rois, une reine, un fou, deux cavaliers, deux tours, deux pions, ont été découvertes lors de fouilles dans un puits réutilisé en latrines au début du XIe siècle.
Reconstitution du jeu d'échec de Noyon en bois de cerf
Reconstitution du jeu d’échec de Noyon en bois de cerf.
Les figures sont d’un seul bloc, à l’exception des rois et sans doute de la reine dont les têtes schématiques sont fixées au corps par une tige insérée dans la masse spongieuse
Le vêtement des personnages est suggéré par des cannelures verticales.
Des hachures présentes par endroits sur une partie seulement des figurines devaient permettre de distinguer les deux camps. Ces différents éléments sont donc à priori l’œuvre d’un même artisan local. Le style relativement abstrait reste proche de celui des jeux d’échecs arabes. Originaire d’Inde, ce jeu est introduit en Europe dans la deuxième moitié du xe siècle via le monde arabo-musulman.
Vous vous demandez peut-être pourquoi tous les pions sont blancs?
Et comment faire la distinction entre les camps?
À l’origine, le jeu opposait des pièces rouges et noires pour distinguer les deux camps sur l’échiquier.
L’examen détaillé des pièces de Noyon n’a pas révélé de coloration, notamment par la présence de pigments piégés au fond des cannelures comme c’est le cas pour des pièces contemporaines.
À défaut d’une distinction avérée par la couleur, les pièces de chaque camp pouvaient être identifiées par une ornementation différentes.
Ainsi, sur l’un des rois, les reliefs du vêtement sont soulignés par de courtes lignes en hachures.
Toutes les pièces ont été réalisées à la main sans aucune machine électrique, seulement avec des reproductions d’outils d’époque pour obtenir un résultat le plus proche possible de l’original.
Stone Age Winter camp 2026

Stone Age Winter camp 2026

Ce rassemblement, organisé par Markus Klek, a eu lieu au cœur de la nature suédoise au mois de février.
Nous étions six personnes de divers horizons, rassemblées pour expérimenter le quotidien du paléolithique final. Chaque participant avait confectionné son propre matériel.

Le premier jour, fut celui de l’installation dans les habitats traditionnels Saami appelés Gohati. Cette structure en bois couverte d’écorce de bouleau et de terre est proche de ce que les populations du paléolithique auraient pu concevoir. Ils sont relativement sombres et enfumés mais offrent un lieu de protection idéal pour les conditions extrêmement froides.

Le deuxième jour un jeune renne nous à été fourni par les éleveurs de rennes Saami, afin de préparer notre subsistance pour l’entièreté du séjour. Ce sera notre principale base alimentaire. L’animal fut entièrement dépecé et découpé à l’aide de lames de silex et de couteaux en silex. Puis la viande fut emballée dans la peau et suspendue entre les arbres pour éviter d’être mangée par d’éventuels prédateurs.

Le troisième jour, fut le jour de la pêche sur le lac gelé à quelques kilomètres du campement. Accompagnés par notre guide Richard Rees, nous nous installâmes sur la rive pour un repas de viande d’élan grillée. Puis vient le moment tant attendu par tous : le perçage de la glace. Et pour cela, il faut s’armer de patience et de courage car il faut environ une heure pour réaliser un trou d’une vingtaine de centimètres de diamètre dans une glace épaisse de 60cm. Bien que cette partie de pêche soit un échec, ce fut l’occasion de nous rendre compte des difficultés ainsi que des problèmes liés à un matériel mal adapté aux conditions (hameçons trop gros, difficulté à se procurer des appâts en conditions hivernales…).

Le quatrième jour, nous préparons nos équipements pour partir expérimenter la marche de trois jours. Lors de cette marche, nous eûmes l’occasion d’éprouver le matériel dans des conditions climatiques assez changeantes, alternant entre ensoleillement et tempête de neige. Les vêtements en fourrure de renne sont bien chauds pour la marche même par -10 degrés. Il faut donc régulièrement s’arrêter pour enlever des couches de vêtements et les remettre dès que le temps change, ce qui peut arriver plusieurs fois dans la journée. En fin de journée, il faut trouver un lieu de bivouac entre les arbres pour se protéger au mieux des chutes de neige, puis faire un feu pour nous réchauffer. Produire un feu par temps froid n’est pas chose aisée, et là aussi il faut une bonne préparation du matériel ainsi que de la matière sèche et inflammable comme l’écorce de bouleau. Personnellement, les nuits à la belle étoile dans la neige furent pour moi une très bonne expérience. Mon sac de couchage en peau de renne a parfaitement rempli sa fonction. De plus, une bonne paire de chaussons en fourrure de renne pour dormir permet de garder ses pieds bien au chaud. L’une des principales difficultés fut celle de trouver de l’eau sous forme liquide pour s’hydrater. Mais heureusement, dans la nature suédoise, les rivières ou les lacs sont abondants.

Les derniers jours, nous occupâmes nos journées essentiellement à reprendre des forces ainsi qu’à expérimenter le travail des matières animales. Ce fut également l’occasion de tester mes skis par une belle journée. Verdict! Les skis primitifs ne permettent pas de glisser réellement mais facilitent le déplacement, comme les raquettes à neige dans la neige profonde.

Ce fut pour moi une très belle expérience, qui m’a permis d’en apprendre plus sur mon équipement. Un réajustement de la luge sera nécessaire pour la prochaine sortie, mais dans l’ensemble je suis relativement confiant. Je prévois d’ores et déjà une prochaine expédition hivernale!

 

La quête du jade

La quête du jade

La quête du Jade
Il y a deux semaines de cela, nous avons retracé avec mon ami Giovanni (@bois.pierre.et.os) , les chemins de nos ancêtres néolithique à la recherche de cette roche tant convoitée : la jadéite du mont Viso.
Durant quatre jours, nous avons arpenté les cols et les vallées du piedmont dans les Alpes italiennes pour retrouver les carrières d’extraction de roches vertes de type jadéitite datant du Ve millénaire av. J.-C.
C’est entre 1700 et 2400 mètres d’altitude que l’on découvre les sites, des abris sous roche où des générations de tailleurs de pierre se sont succédé pour extraire et façonner différents types de roches comme la jadéite mais également des éclogites, omphacitites, serpentinites, et des néphrites.
Les conditions en montagne à cette saison étant particulièrement froides et humides (premières neiges et gelée matinale, brouillard permanent), nous avons été assez restreints dans nos déplacements mais nous avons pu collecter de beaux échantillons qui seront valorisés plus tard sous forme de haches.
Ce fut également l’occasion de tester notre équipement néolithique. Les chaussures ont été durement éprouvées avec l’humidité constante. Les vêtements de fourrure ont été très appréciés surtout pendant les gelées nocturnes et le brouillard. Dans l’ensemble ce fut une belle expérience, riche en apprentissages.
Nous prévoyons déjà une prochaine excursion en été pour profiter au mieux des bonnes conditions afin de collecter de nouveaux blocs.
Du cuir rouge à la préhistoire?

Du cuir rouge à la préhistoire?

Ma dernière expérimentation portait sur le tannage au gras (cervelle) avec incorporation de pigment naturel (ocre à base d’hématite) en vue de teindre le cuir.

Les utilisations de l’ocre par les hommes du Paléolithique sont nombreuses et variées depuis près de 250 000 ans.

L’ocre est une roche ferrique composée d’argile colorée par un hydroxyde de fer: l’hématite pour l’ocre rouge, la limonite  pour la brune et goethite pour la jaune.
Outre l’utilisation de l’ocre dans les grottes ornées, son emploi aurait également permis de colorer et protéger les cuirs et fourrures de vêtements des hommes et des femmes de la préhistoire.
Les oxydes de fer n’ont cependant aucune action chimique assimilable à celle d’un tannin sur la peau car ils ne sont pas solubles dans l’eau, ce qui fait qu’ils ne peuvent pas imprégner le derme, s’y fixer et induire le réarrangement des fibres de collagène. De ce fait, le fer, à l’état d’oxydes, ne permet pas de conserver durablement la peau.
Un grand nombre de sépultures ocrées ont été découvertes en Eurasie, de l’extrémité ouest en Espagne jusqu’à la Russie à Sungir. Même si la plupart sont datées du Gravettien, leur diversité géographique et chronologique montre une pratique culturelle récurrente.
Les vêtements en cuir couverts d’ocre en se décomposant, auraient recouvert les squelettes.
On suppose également que l’ocre était utilisé à des fins rituels.

Un exemple plus récent, en Amérique du Nord, Les Béothuks étaient les habitants autochtones de l’actuelle région de Terre-Neuve  au Canada.

Pour se protéger des moustiques, les béothuks enduisaient leur corps et leur chevelure d’ocre rouge pilé mélangé avec de l’huile ou de la graisse. Leurs vêtements et leurs armes étaient également couverts d’ocre rouge ce qui a amené les Européens à nommer les Béothuks, « Peaux-Rouges ».